Visite d’échange au Niger

 Dans le cadre de ces activités, le CRSD a visité d’autres pays du Partenariat de Ouagadougou afin d’échanger sur l’engagement religieux dans la planification familiale et de discuter des meilleures pratiques dans ce domaine. C’est à cet effet qu’une visite d’une délégation au Niger a eu lieu du 7 au 13 janvier 2018.

Suite aux visites en Mauritanie et en Guinée en 2016, la visite au Niger était la troisième étape de la série. Le Niger et le Sénégal sont des pays amis et partagent certaines réalités sur les plans social et religieux. Des liens très étroits existent entre les deux pays.

Lors de la visite, la délégation a pu rencontrer des diverses parties prenantes, y compris des chefs religieux musulmans et chrétiens, des ministères gouvernementaux et des organisations non-gouvernementales. L’Ambassadeur du Sénégal accrédité au Niger a reçu la délégation. A la fin de la visite, la délégation a également effectué une visite de courtoisie auprès de Saida Oumou Khairi Niasse à Kiota, fief de la Tijaniyya au Niger, ainsi que Cheikh Moussa Aboubacar Hassoumi, Khalife de cette localité. Ces réunions ont permis des échanges riches sur le rôle attendu des religieux dans la promotion de la santé de la mère et de l’enfant à travers l’espacement des naissances. Les discussions ont tourné aussi autour des nombreux défis rencontrés par les divers acteurs dans le cadre de leur travail, notamment les difficultés liées aux barrières socioculturels. Les membres du CRSD ont expliqué que dans le cadre de leurs activités au Sénégal, ils essaient de démontrer que la religion n’est pas un obstacle à la planification familiale mais pourrait plutôt constituer une solution.

Visite d’échange en Niger d’un groupe de leaders religieux sénégalais sur l’engagement religieux pour la santé maternelle et infantile

Le Cadre des Religieux pour la Santé et le Développement (CRSD) promeut l’utilisation de
la planification familiale conformément aux enseignements religieux depuis 2014. Dans le
cadre de ces activités, le CRSD a visité d’autres pays du Partenariat de Ouagadougou afin
d’échanger sur l’engagement religieux dans la planification familiale et de discuter des
meilleures pratiques dans ce domaine. C’est à cet effet qu’une visite d’une délégation au
Niger a eu lieu du 7 au 13 janvier 2018.
Faisant suite aux visites en Mauritanie et en Guinée en 2016, la visite au Niger était la
troisième étape de la série. Le Niger et le Sénégal sont des pays amis et partagent certaines
réalités sur les plans social et religieux. Des liens très étroits existent entre les deux pays. En
particulier, Cheikh Ibrahim Niasse compte beaucoup de fidèles dans les deux pays. Sa fille,
Saida Oumou Khairi Niass, Présidente fondatrice de la Jamiatou Nassiratou Diin de Kiota, a
été l’hôte officielle de la délégation. La visite a été coordonnée par son neveu, Serigne
Mouhamat Hady Niass du CRSD, en collaboration avec Cheikh Elh. Oumarou Mahaman
Bachir, le point focal au Niger de l’Alliance des Religieux de l’Afrique de l’Ouest pour la
Santé et le Développement (ARAO/SD). Des membres de l’ARAO/SD ont accompagné la
délégation du CRSD tout au long de sa visite au Niger. La visite a été organisée avec l’appui
du World Faiths Development Dialogue et la Fondation Hewlett.
Lors de la visite, la délégation a pu rencontrer diverses parties prenantes, y compris des chefs
religieux musulmans et chrétiens, des ministères du gouvernement et des organisations nongouvernementales.
L’Ambassadeur du Sénégal accrédité au Niger a reçu la délégation. A la
fin de la visite, la délégation a également effectué une visite de courtoisie auprès de Saida
Oumou Khairi Niasse à Kiota, fief de la Tijaniyya au Niger, ainsi que Cheikh Moussa
Aboubacar Hassoumi, Khalife de cette localité. Ces réunions ont permis des échanges riches
sur le rôle attendu des religieux dans la promotion de la santé de la mère et de l’enfant à
travers l’espacement des naissances. Les discussions ont tourné aussi autour des nombreux
défis rencontrés par les divers acteurs dans le cadre de leur travail, notamment les difficultés
liées aux barrières socioculturelles. Les membres du CRSD ont expliqué que, dans le cadre
de leurs activités au Sénégal, ils essaient de démontrer que la religion n’est pas un obstacle à
la planification familiale mais pourrait plutôt constituer une solution.
LES PARTICIPANTS
Pasteur Pierre Adama Faye, Trésorier Général du CRSD
Représentant de l’Eglise Luthérienne du Sénégal
Imam Mouhamadou Takhiyou Kane, Secrétaire chargé de l’Information et de la Culture du
CRSD
Représentant de la communauté Léona Kanène de Kaolack
Serigne Bou Mouhamet Kounta, Vice-Président du CRSD
Représentant de la communauté Qadiri de Ndiassane
Elhadj Djibril Diop Laye, Trésorier Général Adjoint du CRSD
Représentant de la communauté Layène
Madame Ndèye Maguette Diop Ly
Représentante de la Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant au Ministère de la Santé
et de l’Action sociale
Serigne Saliou Mbacké, Président du CRSD
Représentant de la communauté Mouride
Imam Mbaye Ndiaye
Représentant de l’Association Nationale des Imams et Oulémas du Sénégal
Serigne Hady Niasse
Représentant de la communauté Niassène de Médina Baye à Kaolack
Saida Arame Seck, Secrétaire Générale Adjointe du CRSD
Représentante du Haut Conseil Islamique du Sénégal
Lauren Herzog
Coordinatrice de programme au WFDD
Wilma Mui
Associée de programme au WFDD
LES REUNIONS
Lafia Matassa & Equilibres et Populations
Dr Sabo Maman
Idi Hassane
La délégation sénégalaise a été accueillie par l’équipe de l’ONG Lafia Matassa (signifiant
santé des jeunes en langue hausa) et celle de l’ONG Equilibres et Populations. Les deux ONG
ont exposé brièvement leurs domaines d’intervention, notamment ceux dans lesquels les
religieux sont impliqués. Elles sont actives surtout dans la sensibilisation à la base pour une
prise de conscience par rapport à la planification familiale et l’utilisation des méthodes
contraceptives modernes. L’équipe de Lafia Matassa a noté que l’un des grands défis défis
au Niger est le mariage précoce. Les filles qui se marient tôt contribuent souvent de façon
importante à la hausse du taux de fécondité vu qu’elles peuvent continuer à faire des enfants
pendant longtemps même si elles espacent leurs naissances.
Au Niger, une structure pour engager les religieux n’existe pas. Cependant, le pays a à peu
près 20 champions religieux de la planification familiale, dont certains ont fait des émissions
à la radio. Alors que tout le monde demande des argumentaires religieux, ce n’est pas tout le
monde qui sait lire ou qui a le temps d’en lire. On a aussi recommandé des prêches au niveau
communautaire. Un défi majeur est que si un leader prêche contre le planning, la population
va écouter le leader religieux au lieu d’une ONG. L’approche communautaire de Lafia
Matassa est bénéfique parce qu’elle permet de fournir un espace aux leaders religieux pour
aborder ces problèmes. Mais des enquêtes ont permis de découvrir que, concernant la
planification familiale, certains sont convaincus, mais certains ne comprennent pas encore.
L’engagement des religieux reste donc difficile.
Les participants ont remarqué qu’ils peuvent beaucoup apprendre du Sénégal sur comment
engager les religieux. Mais ils ont exprimé le désir de voir le gouvernement créer un climat
qui favorise la cohabitation puisque la tolérance religieuse qui existe au Sénégal n’est pas une
réalité au Niger. L’approche doit être complémentaire et inclure divers acteurs, mais on ne
peut pas forcer le changement.
L’Association Islamique du Niger (AIN)
Cheikh Jabre Oumar Ismail, Président
La délégation a été reçue par l’Association Islamique du Niger. Née en 1975, juste 5 mois
après le coup d’état, elle est la première association islamique créée au Niger. Alors que son
objectif principal est d’enseigner l’Islam, l’association a également d’autres activités,
notamment l’assistance aux fidèles conformément aux enseignements de l’Islam en leur
donnant des conseils en mariage, dans les litiges matrimoniaux et en santé, entre autres.
Lors de la réunion, des échanges ont eu lieu sur l’importance du dialogue inter- et intrareligieux,
ainsi que l’apport qu’amènent les religieux pour le bien-être de la population et
pour le développement. Le Président de l’association a exprimé son soutien pour toute
initiative en conformité avec les enseignements islamiques.
L’ONG SOS Femmes et Enfants Victimes de Violence familiale (SOS/FEVVF)
Mariama Moussa, Présidente
La délégation a rencontré Madame Mariama Moussa, la présidente de l’ONG SOS/FEVVF,
et son équipe. L’organisation a été établie en 1998 et met en place des programmes de
prévention. Elle travaille sur le mariage précoce et la violence faite aux femmes et aux
enfants, entre autres. Elle emploie une approche holistique et collabore avec les leaders
musulmans et chrétiens. Les échanges ont tourné surtout autour des différents défis auxquels
font face les femmes et les enfants et le rôle que les religieux peuvent y jouer.
Ministère de la Population
Mme Amadou Aissata, Ministre
Lors de la réunion au Ministère de la Population, le CRSD a présenté son travail et a appris
de la situation de la planification familiale au Niger. Il y a eu des échanges sur les statistiques
et les approches du gouvernement au Niger et au Sénégal. L’une des principales
préoccupations du Ministère nigérien est de réduire le taux de croissance démographique qui
est de 3,9%. Le taux de prévalence contraceptive reste très faible. Un grand défi est qu’il
existe beaucoup de rumeurs, telles que la planification familiale vise la réduction du nombre
de musulmans et que le planning est contre la religion. La mortalité maternelle et infantile est
liée à ces problèmes. Les pays arabes peuvent servir de modèle–s’ils ont mis en place des
programmes réussis de planification familiale et il y existe des taux élevés de prévalence
contraceptive, pourquoi pas le Sénégal et le Niger ?
Au Sénégal, le Ministère de la Santé était sceptique pour aborder la question avec les
religieux. Mais comme les marabouts sont les références, ils ont pu briser les barrières. De
nos jours, une belle collaboration existe. On a signalé deux approches religieuses au Niger.
Premièrement, le cadre de concertation des religieux permet au Ministère d’échanger avec les
religieux sur des questions sensibles pour élaborer ensemble une approche prudente. Et
deuxièmement, on est en train de prendre contact avec les écoles coraniques pour aller à la
base. Si on met cette éducation à la base, les leaders religieux futurs auront tous cette
information.
Ministère de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant
La délégation a rencontré le Secrétaire Général du Ministère de la Promotion de la Femme et
de la Protection de l’Enfant. Ce Ministère et celui de la population étaient une seule entité
avant 2016 quand il y a eu une partition. Sur le sujet de la planification familiale, le
Secrétaire Général a indiqué qu’aucune religion ne pose un obstacle pour l’espacement des
naissances. Auparavant, à chaque fois qu’un problème se posait, il a suscité des réactions
négatives. Ainsi, en 2015, le Ministère unifié a créé un cadre de concertation et de dialogue
des religieux. Depuis lors, on peut travailler avec le cadre sur plusieurs questions et même sur
des sujets tabou. Le Conseiller technique a exprimé son appréciation pour le cadre en disant,
« Avant, la planification familiale était un sujet tabou, mais la situation a maintenant changé
et la question de la planification familiale est abordée à plusieurs niveaux. C’est un
changement récent qui est dû à l’implication des leaders religieux ».
Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité publique, de la Décentralisation et des Affaires
coutumières et religieuses
M. Bazoum Mohamed, Ministre
Le Ministre a salué l’initiative de la visite d’échange et a évoqué la situation des naissances
non organisés et non espacés au Niger. Il a aussi amplement évoqué l’importance du
changement de comportement par rapport aux questions de population, notamment la
croissance démographique, la planification familiale, la transition démographique et le
dividende démographique. Selon lui, le chômage, la jeunesse et la scolarisation de la fille
figurent également dans les questions de population.
Comme le Niger a le taux de fécondité le plus élevé du monde, le Directeur a expliqué qu’il
n’existe aucun pays au monde autre où l’espacement des naissances est plus important qu’au
Niger. Il a raconté l’histoire de trois frères qu’il connaît qui ont à eux trois 99 enfants. Il a
déploré le fait que dans leur ignorance des enseignements religieux, ils le mettent sur le dos
de l’Islam. Il a souligné l’importance du travail du CRSD en sensibilisant les communautés et
clarifiant les enseignements religieux par rapport à la planification familiale. Le Directeur a
promis de lire l’Argumentaire Islamique produit par le CRSD et en parler à des associations.
Il a ajouté qu’au Niger, ce ne sont pas seulement les filles qui sont mariées quand elles sont
très jeunes, mais les garçons se marient aussi souvent très jeunes. Certains peuvent devenir
pères à l’âge de 17 ans. Les écoles et les structures sanitaires ne sont pas en mesure de faire
face à l’affluence massive d’enfants. Avant, les enfants mouraient à cause de différentes
maladies mais avec les vaccins et la prise en charge sanitaire, de plus en plus d’enfants
parviennent à survivre. Le problème, a-t-il expliqué, est que le monde a changé, mais les
mentalités sont restées les mêmes.
L’Alliance des Missions de l’Eglise Evangélique du Niger
Yacouba Seydu, Président
Yacouba Seydu, le président de l’Alliance, a accueilli la délégation. Il a exprimé sa
conviction que la religion ne doit pas séparer les musulmans et les chrétiens. Son rêve pour le
Niger est de créer une atmosphère de bon vivre, comme les musulmans et les chrétiens sont
des cousins et il n’existe aucun conflit entre eux. Il a expliqué que ses parents sont
musulmans mais que cela ne pose aucun problème. Dans le Christianisme, l’un des plus
grands commandements est d’aimer son prochain comme on s’aime soi-même. Il croit
fortement que le pays appartient à tout le monde et qu’on est tous appelés à développer le
pays. Selon lui, une population doit prospérer ensemble.
Le Conseil Islamique du Niger
Imam Ag Chai-i, Vice-Président
Lors de la réunion, les échanges entre la délégation sénégalaise et les membre du Conseil
Islamique ont tourné autour de l’objectif du conseil, qui est de faire comprendre aux gens,
qu’ils soient des musulmans ou des non-musulmans, que l’Islam est une religion de tolérance
et de paix et non d’extrémisme. Le Conseil promeut les bonnes relations avec ceux qui ne
sont pas musulmans.
L’Imam, représentant le Conseil a expliqué que le concept de jihad n’est pas bien compris. Il
a continué a affirmer que le jihad doit être compris comme moyen de se défendre contre ceux
qui vous attaquent, non pour attaquer ceux qui vous respectent. Il a insisté sur le fait que
Boko Haram est contre l’Islam et que ce n’est pas l’Etat islamique, mais l’Etat contre l’Islam.
Selon lui, parmi les soufis, 100% acceptent l’espacement des naissances. L’Imam a ensuite
demandé comment le CRSD traite ceux qui appartiennent à d’autres courants non-soufis au
Sénégal. Les membres du CRSD ont répondu en présentant la composition de l’association et
l’aspect inter-religieux de leur travail.
L’ONG Pathfinder
M. Sani Aliou, Représentant Pays
Le Représentant Pays a commencé par dire que l’ONG Pathfinder a débuté son travail au
Niger en 2013 au sein du Partenariat de Ouagadougou. Elle travaille étroitement avec le
Ministère de la Santé dans la mise en oeuvre du plan d’action de planification familiale au
Niger. Il a expliqué que le travail de Pathfinder cible les jeunes couples mariés afin de les
préparer à gérer les questions liées à la santé, surtout la santé reproductive. On vise à aider les
couples à être plus ouverts sur ces questions. Au Niger, l’école des maris et l’école du couple
sont des modèles utiles.
Dans le cadre de son engagement communautaire, l’équipe de Pathfinder collabore avec des
organisations locales et établit des relations dans les villages avec des Imams et des chefs de
villages. Dr. Sani Aliou, Pays, a ensuite exprimé son souhait de travailler plus avec des
organisations religieuses. En ce qui concerne l’engagement religieux, Pathfinder a tenu des
sessions de formation pour les religieux. L’un des grand défis est que beaucoup de rumeurs liées à la religion existent jusqu’à aujourd’hui. Un plus grand engagement de religieux
pourrait beaucoup aider à clarifier les perspectives religieuses. Le modèle du CRSD, surtout
son aspect interreligieux, pourrait être bénéfique au Niger, particulièrement là où il y a de
fortes communautés chrétiennes. Madame Diop, en tant que représentante du Ministère de la
Santé et de l’Action sociale, a expliqué qu’au Sénégal, les religieux constituent des bras
opérationnels là où le Ministère ne peut pas aller.
Centre Nationale de la Santé de la Reproduction (CNSR)
Dr. Ibrahima Saadatou, Directrice
Le CNSR est une division de la Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant. Dans le cadre
de son travail, le CNSR collabore avec des champions religieux et leur offre une formation.
Selon la directrice, l’adoption de la planification familiale est un défi que tous les Africains
partagent. Elle a fait remarquer que certains rumeurs persistent qui peuvent rendre le travail
difficile. Par exemple, certains croient que toute femme qui meurt avec un implant va
directement à l’enfer. Une collaboration avec les religieux peut changer ces mentalités et
combattre ces rumeurs. La directrice croit que cette collaboration sera essentiel pour la
réussite des objectifs du programme du CNSR.
Marie Stopes International (MSI)
Mme Bodou Edwige
Dans son intervention, l’équipe du MSI dirigée par Mme Bodou Edwige, a signalé le rôle des
religieux au Niger et dans leurs domaines d’intervention. Ayant reconnu l’importance de
l’engagement religieux, le MSI a formé 49 religieux sur la planification familiale. L’équipe a
aussi expliqué que ses études de recherche ont révélé l’importance de la religion dans la prise
de décision autour du planning familial. Selon les résultats de ces recherches, 70% des
hommes ont affirmé que sans l’accord et la bénédiction de leurs imams, ils n’accepteraient
l’utilisation de la planification familiale. L’équipe du MSI et la délégation sénégalaise se sont
mises d’accord que l’Islam n’est pas contre la planification familiale, mais il existe une
méconnaissance des enseignements.
Rencontre avec l’Ambassadeur du Sénégal au Niger
Son Excellence M. Abdel Kader Agne, Ambassadeur de la République du Sénégal au Niger,
a accordé une audience à la délégation du CRSD. Il a magnifié l’initiative du CRSD et s’est
réjoui de voir un groupe de religieux engagés à travailler dans un programme de
développement aux côtés du gouvernement. Il a également apprécié à juste valeur l’aspect
interreligieux qui caractérise le CRSD. Il a enfin indiqué sa disposition à travailler avec le
CRSD dans des activités impliquant le Niger à l’avenir.
Visite de courtoisie à Kiota
La délégation s’est rendue à la localité de Kiota, une cité religieuse créée il y a près de
soixante ans par Cheikh Aboubacar Hassoumi, un Imam et érudit qui était un grand disciple
de Cheikh Ibrahim Niass. Sa femme, Saida Oumoul Khairy Niass, qui est la fille de Cheikh
Ibrahim Niasse, a reçu la délégation. L’actuel Khalife de Kiota, Cheikh Moussa Aboubacar
Hassoumi, a également reçu la délégation. Le combat de Saida Niass est pour l’émancipation
de la femme à travers l’éducation ainsi que pour la promotion de la paix et la tolérance. Elle
dirige un mouvement de plus de 2.000 femmes soufies et a construit une école à Kiota qui
abrite plus de 2.000 jeunes filles.
Pendant la visite à Kiota, la délégation a eu des échanges fructueux avec Saida Niass sur
plusieurs thèmes. Elle a souligné l’importance de la santé des femmes et a remarqué qu’au
Niger, certaines femmes sont marginalisées et exclues. Elle a salué l’initiative du CRSD
comme elle promeut le bien-être de la femme.
Réunion de restitution avec les partenaires et associations religieuses
A la fin de la visite, une réunion de restitution a été présidée par la Directrice de la DSME.
Les participants ont représenté des ONG nationales et internationales ainsi que des
associations religieuses chrétiennes et musulmanes. Cette occasion a permis aux délégations
sénégalaise et nigérienne de présenter l’engagement religieux dans la planification familiale
qui existe dans leurs deux pays. Les présentations ont été suivies de demandes
d’éclaircissement et de débat. Les contenus des deux communications sont ainsi développés :
La communication de l’ARAO/SD du Niger
Cheikh Elh. Oumarou Mahaman Bachir, le coordinateur pays et point focal de l’ARAO/SD, a
décrit la genèse des organisations de la société civile des années 1970 à nos jours et a aussi
fait ressortir leurs rôles dans la gestion sociétale en interrelation avec le développement. Il a
signalé l’apport que peut apporter l’ARAO/SD dans le processus du développement durable,
notamment dans les domaines de la santé, de la démographie, de la paix et dans la bonne
cohabitation intra et interreligieux.
La communication du CRSD Sénégal
Cheikh Saliou Mbacké a présenté la communication du CRSD, soulignant l’approche
stratégique de l’association pour la promotion de la santé maternelle et infantile au Sénégal.
Le CRSD a également montré la vidéo ENGAGE, un outil de plaidoyer produit par le
Population Reference Bureau en collaboration avec le CRSD. La vidéo expose les problèmes
de santé maternelle et infantile au Sénégal et met l’accent sur les actions prises par les
religieux, et surtout le CRSD, pour promouvoir l’espacement des naissances en vue de
réduire le taux de mortalité maternelle et infantile.
LES PERSPECTIVES D’AVENIR
Pendant la visite d’échange, plusieurs conversations ont tourné autour des croyances
religieuses et culturelles invoquées par certains Nigériens qui représentent une barrière à
l’utilisation des services de santé reproductive. Alors que des efforts de collaboration existent
entre les religieux, le gouvernement nigérien et des acteurs de développement, une approche
stratégique a le potentiel d’atteindre des communautés qui restent réticentes à la pratique de
la planification familiale.
La délégation sénégalaise a encouragé les religieux nigériens à prendre conscience de
l’importance des questions de population et à travailler ensemble avec les acteurs, tels que le
gouvernement, les agences au développement et les ONG. Pour leur part, les acteurs ont
clairement manifesté le souhait de travailler avec les religieux mais ont exprimé leurs
difficultés à trouver les interlocuteurs appropriés ainsi que le mécanisme adéquat. L’approche
du CRSD au Sénégal pourrait servir de modèle, mais les approches doivent s’adapter au
contexte nigérien. Les Sénégalais se sont engagés à rester en contact avec leurs homologues
nigériens pour continuer l’échange.